Variole du singe : 91 cas en France, symptômes, transmission

Variole du singe : 91 cas en France, symptômes, transmission

MALADIE DU SINGE. 91 cas de variole du singe ou “Monkeypox” sont confirmés en France. Plus de 1000 dans le monde. L’OMS ne recommande pas une vaccination massive contre le monkeypox. Symptômes, boutons, origine, contamination, traitement, photo, transmission : tout savoir.

[Mise à jour le 10 juin 2022 à 11h05] Le virus de la variole du singe ou virus “Monkeypox” est à l’origine d’une maladie infectieuse transmise à l’Homme par les animaux, principalement les rongeurs (écureuils, rats de Gambie) et localisée originellement en Afrique. Les premiers cas humains d’infection ont été détectés en 1970, en République démocratique du Congo. Depuis début mai 2022, des cas émergent en dehors de l’Afrique. Un premier cas de variole du singe a été rapporté en Angleterre par l’UKHSA le 7 mai, celui d’un homme revenant d’un voyage au Nigéria. Au 9 juin 2022, 91 cas de Monkeypox sont confirmés en France par Santé Publique France dont 64 en Ile-de-France. Tous ces cas sont des hommes, âgés entre 22 et 63 ans. Dans le monde, “plus de 1000 cas de monkeypox ont été rapportés dans 219 pays” a annoncé le Directeur générale de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 8 juin en conférence de presse. “Aucun décès n’a été rapporté.” La majorité des cas concernent des hommes qui ont eu des rapports sexuels avec d’autres hommes. L’OMS est particulièrement préoccupé par les risques que présente ce virus chez les personnes vulnérables, notamment les enfants et les femmes enceintes. “Les individus présentant des symptômes doivent s’isoler chez eux et consulter un professionnel de santé. Les personnes vivant avec une personne infectée doivent éviter les contacts rapprochés” a rappelé Tedros Adhanom Ghebreyesus. La vaccination antivariolique a débuté en France pour les cas contacts des patients atteints de variole du singe, conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santéC’est quoi la variole du singe ? Quelle est son origine ? Quels sont les symptômes ? Comment se transmet-elle à l’humain ? Quelle risque de contagion ? Quels traitements pour la soigner ? Quel vaccin ? Quelle est la situation en France ? Ce virus est-il dangereux ? Infos, photos, tout savoir sur cette nouvelle épidémie.

Définition : c’est quoi la variole du singe ?

L’orthopoxvirose simienne, ou “variole du singe”, est une zoonose virale rare (virus transmis à l’être humain par les animaux) que l’on observe principalement dans les zones isolées du centre et de l’ouest de l’Afrique, à proximité des forêts tropicales humides” indique l’OMS. On parle du variole du “singe” car le virus a été découvert en 1958 chez des singes de laboratoire à Copenhague mais “c’est une erreur de dire cela car c’est plutôt un virus variolique hébergé par des rongeurs comme les écureuils et les gros rats d’Afrique comme le rat de Gambie” nous explique le Pr Jeanne Brugère-Pi juincoux. “Ce virus ressemble à celui de la variole sur le plan clinique mais le monkeypox est dû à un poxvirus différent du virus de la variole explique l’OMS. Le premier cas humain a été détecté en 1970, en République démocratique du Congo chez un enfant vivant dans une région où la variole avait été éliminée depuis 1968. On connaît deux souches de variole du singe :

  • la souche Congo ou souche d’Afrique centrale (la plus virulente)
  • la souche d’Afrique occidentale (moins virulente qui semble être celle retrouvée dans les cas actuels) 

Concernant les cas 2022, “les données préliminaires des tests PCR indiquent que les souches de virus monkeypox détectées en Europe et dans d’autres zones non endémiques appartiennent au clade ouest-africainlà où le virus est initialement apparu, a précisé l’OMS le 4 juin. 

Origine : d’où vient la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie qui a émergé en Afrique. Les premiers cas humains ont été recensés en 1970 dans la République démocratique du Congo. On reconnait une origine zoonotique (transmission venat de l’animal (écureuil, rat de Gambie en Afrique…)) dans la plupart des cas africains. Les cas émergents hors Afrique sont liés à des contaminations interhumaines : “Des enquêtes sont en cours, mais l’apparition soudaine du monkeypox dans de nombreux pays au même moment suggère qu’il peut y avoir eu une transmission non détectée pendant un certain temps” a expliqué l’OMS le 1er juin. Alors que la transmission de l’animal à l’homme est admise en Afrique, ces cas émergents sont liés à des contaminations interhumaines, souvent observées chez des hommes homosexuels ou bisexuels présentant des lésions cutanées génitales et au niveau du visage. “Une transmission sexuelle peut être suspectée. La transmission interhumaine est possible par le contact avec les fluides corporels, les lésions cutanées (dont les croûtes), l’environnement ou les objets contaminés par le malade. Il peut aussi s’agir d’une contamination d’origine nosocomialea expliqué le Pr Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire et membre de l’Académie nationale de médecine dans un document de synthèse du 22 mai 2022. Contactée par téléphone, elle confirme que pour l’instant on est dans une incertitude totale, on a des raisons de s’inquiéter mais il faut attendre de voir si cela continue ou pas“. Selon elle “seule une enquête épidémiologique complète permettra d’évaluer le risque lié à ce virus émergent hors de sa région  géographique habituelle (Afrique, ndlr)”.

Quelles différences avec la variole ?

Le virus Monkeypox ressemble à celui de la variole sur le plan clinique mais c’est un poxvirus différent. La variole dite “du singe” est plus bénigne, associée à des ganglions (il n’y a pas de ganglions dans la variole), les cicatrices sont moins graves. La variole simienne ressemble aussi beaucoup à la varicelle qui est plus contagieuse.

Combien de cas de variole du singe en France ?

En France, au 9 juin 2022, 91 cas confirmés de Monkeypox avaient déjà été rapportés : 64 en Ile-de-France, 10 en Occitanie, 8 en Auvergne-Rhône-Alpes, 2 en Normandie, 2 dans les Hauts-de-France, 1 en Centre-val de Loire, 1 en PACA, 1 en Bourgogne-Franche-Comté et 2 en Nouvelle-Aquitaine. Sur 91 cas confirmés, 85 ont fait l’objet d’une investigation, un a refusé celle-ci un demeure injoignable et 4 sont en cours d’investigation. Tous les cas investigués sont des hommes, âgés entre 20 et 63 ans (âge médian : 35 ans). Parmi les cas investigués, 4 sont immunodéprimés, deux ont été hospitalisés mais ne le sont plus à ce jour ; aucun n’est décédé. A ce jour, comme dans les autres pays d’Europe, ces cas sont survenus majoritairement, mais pas exclusivement, chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, sans lien direct avec des personnes de retour de zone endémique. Parmi les cas français de variole du singe : 39 ont voyagé à l’étranger avant le début de leurs symptômes, dont certains dans plusieurs pays différents : 18 voyages sont ainsi rapportés en Espagne, 6 en Belgique, 5 en Allemagne, 1 au Portugal, 1 au Royaume-Uni, 1 au Pays-Bas, 1 au Maroc, 1 en Inde, 2 en Suisse, 1 aux Etats-Unis, 2 au Mali et 1 en Colombie. Les personnes ayant été en contact étroit avec ce patient sont en cours de recensement et devront être vaccinées selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé. L’infection à Monkeypox est une maladie à déclaration obligatoire. 

Combien de cas de variole du singe dans le monde ?

Dans le monde, “plus de 1000 cas de monkeypox ont été rapportés dans 219 pays” a annoncé Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’OMS, le 8 juin. Aucun décès associé au virus n’a été confirmé à date. 

Cas suspects et confirmés de Monkeypox dans le monde au 13 mai au 2 juin 2022 © OMS

En cas d’apparition de symptômes, contacter le SAMU Centre 15.

Quels sont les symptômes de la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie “à tropisme cutané” nous explique le Pr Brugère-Picoux.  Les symptômes disparaissent d’eux-mêmes, mais peuvent être graves dans certains cas. Dans les 5 premiers jours, l’infection provoque plusieurs symptômes :

  • fièvre
  • maux de tête
  • adénopathie (gonflement des ganglions lymphatiques)
  • douleurs dorsales
  • myalgies (douleurs musculaires)
  • asthénie (épuisement)

Dans les 1 à 3 jours (parfois plus) suivant l’apparition de la fièvre, le patient développe des symptômes d’éruption cutanée (rash) qui commence souvent sur le visage puis s’étend à d’autres parties du corps, dont les paumes des mains, les plantes des pieds et les muqueuses (bouche et région génitale). L’atteinte cutanée survient en une seule poussée. Des démangeaisons sont fréquentes. Les lésions passent par différents stades successifs :

  • macules
  • papules
  • vésicules
  • pustules
  • croûtes

Lorsque les croûtes tombent, les personnes ne sont plus contagieuses. Les autres muqueuses (ORL, conjonctives) peuvent également être concernées. Les cas récemment détectés chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ont signalé une prépondérance de lésions dans la région génitale. “L’incubation de la maladie peut aller de 5 à 21 jours. La phase de fièvre dure environ 1 à 3 jours. La maladie, généralement bénigne, guérit le plus souvent spontanément, au bout de 2 à 3 semaines” souligne Santé Publique France.

► En cas d’apparition de symptômes (fièvre et éruption cutanée avec des vésicules), contacter le SAMU Centre 15. Il est recommandé de vous isoler en attendant un avis médical et d’éviter les contacts avec d’autres personnes.

Photo : A quoi ressemblent les boutons de la variole du singe ?

La variole du singe entraîne des boutons qui peuvent faire penser à la varicelle : d’abord des vésicules (boutons avec liquide à l’intérieur) puis des pustules et enfin des croûtes. Lorsque les croûtes tombent, les personnes ne sont plus contagieuses. 

boutons variole du singe
Boutons typiques en cas d’infection à la variole du singe © UKHSA

Comment se transmet la variole du singe ?

“Le virus se transmet principalement à l’être humain à partir de divers animaux sauvages, rongeurs ou primates par exemple, mais la propagation secondaire par transmission interhumaine est limitée” rassure l’OMS. L’infection est provoquée par un contact direct avec du sang, des liquides biologiques ou des lésions cutanées ou muqueuses d’animaux infectés. “En Afrique, on a documenté des infections humaines à la suite de la manipulation de singes, de rats géants de Gambie et d’écureuils infectés, les rongeurs étant vraisemblablement le principal réservoir du virus. La consommation de viande d’animaux infectés pas suffisamment cuite est un facteur de risque possible développe l’OMS. La transmission entre Hommes se produit principalement par les particules des gouttelettes respiratoires. Les autres modes de transmission interhumaine comprennent le contact cutané direct avec les liquides biologiques ou la lésion, et le contact indirect avec la lésion, par exemple par des vêtements, du linge de maison ou de la vaisselle contaminés. “Il est donc important que les malades respectent un isolement pendant toute la durée de la maladie (jusqu’à disparition des dernières croutes, le plus souvent 3 semaines)” préconise Santé Publique France. 

“Ce virus ne mute pas facilement”

Selon des chercheurs de l’institut Pasteur, la transmission du virus de la variole du singe en dehors de l’Afrique “est probablement dû au déclin mondial de l’immunité aux virus du genre orthopoxvirus (responsables de la variole humaine), suite à l’arrêt de la vaccination antivariolique, dans les années 1980. La variole du singe pourrait donc devenir la plus importante infection à orthopoxvirus chez l’Homme”. 

Danger : Faut-il s’inquiéter ?

L’OMS est particulièrement préoccupé par les risques que présente ce virus chez les personnes vulnérables, notamment les enfants et les femmes enceintes“Il y a une incertitude totale aujourd’hui. L’alerte des autorités est sérieuse. On peut s’inquiéter mais peut-être à tort, il faut attendre de voir comment ça évolue dans les 15 jours à 3 semaines” répond le Pr Brugère-Picoux. Avant de rappeler que le virus de la variole du singe “est un virus stable, c’est un virus à ADN, il ne mute pas facilement comme un virus à ARN (type le Sars-Cov-2 du Covid-19, ndlr)”.

La variole du singe est-elle contagieuse ?

“C’est une maladie contagieuse, confirme le Pr Brugère-Picoux mais pas autant que la varicelle.” Il peut y avoir une transmission de la maladie entre Hommes, par exemple au sein d’une même famille via l’exposition aux gouttelettes respiratoires de la personne contaminée mais cela “nécessite en général un contact face à face prolongésouligne l’OMS. Elle peut également survenir par inoculation ou par voie placentaire (orthopoxvirose simienne congénitale).

Image des différentes phases cliniques de la variole du singe
Image des différentes phases cliniques de la variole du singe © Ministère de la santé

Pour diagnostiquer la maladie, il faut passer par une analyse du virus en laboratoire. “On fait le diagnostic de la lésion cutanée. Au microscope, on reconnaît tout de suite le virus car c’est un gros virus” précise le Pr Brugère-Picoux. “La confirmation diagnostique de variole simienne est biologique par l’identification du virus notamment par qPCR ou RT-PCR (prélèvements cutanés ou naso-pharyngé en cas de poussée éruptive dans la bouche ou la gorge)” précise Santé Publique France.

Quel est le traitement contre la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie dont le patient guérit le plus souvent spontanément en deux à trois semaines. Il n’y a pas de traitement spécifique contre cette maladie. En revanche, “il existe des antiviraux et des vaccins approuvés pour les monkeypox (antivariolique) mais ils sont en stock limité. L’OMS ne recommande pas une vaccination massive contre la variole du singe” a indiqué le Directeur général de l’organisation lors d’une conférence de presse le 8 juin 2022.

Existe-t-il un vaccin contre la variole du singe ?

Il n’existe aucun vaccin contre le Monkeypox mais celui contre la variole serait efficace à 85% selon l’Institut Pasteur. Ce dernier était obligatoire en France jusqu’en 1979. Les plus de 50 ans sont déjà protégés [contre la variole du singe] grâce au vaccin contre la variole” a ainsi précisé le Pr Jean-Daniel Lelièvre dans un entretien accordé au Parisien le 22 mai. Face aux cas de variole du singe recensés en France en mai, la Haute Autorité de santé (HAS) a recommandé de “vacciner les adultes dont le contact avec une personne infectée est considéré comme à risque, y compris les professionnels de santé exposés sans mesure de protection individuelle”. Cette vaccination doit être effectuée uniquement avec le vaccin de troisième génération dans les 4 jours après le contact à risque et au maximum 14 jours plus tard avec un schéma à deux doses (ou trois doses chez les sujets immunodéprimés), espacées de 28 jours. Le 8 juin, l’OMS s’est prononcée contre une vaccination massive de la population contre la variole du singe (comme on pu le voir lors de l’épidémie de variole humaine).

La variole du singe est-elle mortelle ?

“Le taux de mortalité lors des flambées d’orthopoxvirose simienne s’est établi entre 1% et 10% (3.6% pour la souche d’Afrique occidentale ; 10,6% pour la souche d’Afrique centrale), la plupart des décès survenant chez les plus jeunes” indique l’OMS. “La maladie dure généralement de 2 à 4 semaines. “La maladie est plus grave chez les enfants et chez les personnes immunodéprimées. Elle peut se compliquer de surinfection des lésions cutanées ou d’atteintes respiratoires, digestives ou ophtalmologiques ou neurologiques. A ce stade, les cas rapportés en Europe sont majoritairement bénins, et il n’y a pas de décès signalé” rapporte Santé Publique France le 20 mai.

La maladie étant transmissible par contact avec les lésions, il faut éviter tout contact avec la personne atteinte et avec ce qu’elle a pu toucher (drap, serviettes de toilette, vêtements…). “Par comparaison avec la variole humaine, les mesures d’éradication ne pourront pas être aussi efficaces avec la variole simienne du fait d’un réservoir viral dans plusieurs populations d’animaux sauvages en Afriqueprécise le Pr Brugère-Picoux. Enfin, la vaccination contre la variole permettait d’offrir une protection croisée contre le virus de la variole simienne estimée à 85%.

Merci au Pr Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire et membre de l’Académie nationale de médecine.

Sources :

– Variole du singe : risque d’une propagation interhumaine depuis la description de près d’une centaine de cas sporadiques autochtones décrits simultanément depuis le 6 mai 2022 en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Jeanne Brugère-Picoux. 22 MAI 2022.

– Mise à jour épidémiologique : épidémie de monkeypox, 20 mai 2022, ECDC

– Monkeypox, Centers for Disease Control and Prevention

– Orthopoxvirose simienne, OMS, 6 juin 2018

– Institut Pasteur

– Monkeypox, Santé Publique France

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